• Chronique d'un voyage hors des sentiers battus (fin)

    Rencontres éphémères, palais éternels ?

    Lundi matin auprès un petit déjeuner en compagnie  d’un danseur réputé d’azmari bet (c’est un endroit de sortie le soir où on peut écouter des musiques et voir des danses traditionnelles – où les chanteurs, les azmari, reprennent des refrains tradtionnels et créent grâce à l’interactivité avec le public des couplets semblent-ils très drôles, dans un langage à double sens) endroit dont les éthiopiens sont très friands – qui a inspiré la réflexion suivante à Besu Fekad : « si j’étais une femme, je serais amoureux de lui ». Ouais, enfin moi, ce que j’en dis…

    Départ en direction de Nekemt – à l’ouest d’Addis-Abeba à environ xxxkm – en passant par des paysages à couper le souffle : montagnes semi-désertiques aux gorges profondes puis, petit à petit campagne de plus en plus verdoyante avec piste de latérite d’un rouge lumineux et « forêts-vergers » de manguiers. Le lendemain matin nous sommes partis en direction de Didessa, région portant le nom de la rivière majeure de cet endroit, un affluent du Nil. Nous avons bifurqué pour aller voir les chutes Bareda – jolies en oromiffa. Moment extra : je n’étais pas l’unique personne qui visitait. J’ai été « visitée » par les habitants du village. C’était le jour du marché, oh pas très grand le marché sur 20m2 peut-être. J’ai commencé à me promener entre les personnes et petit à petit le silence se faisait et je sentais une présence dans mon dos : j’étais suivie par tous les enfants du marché ! A commencé alors une séance photo des plus drôles, sentiments emmêlés des enfants : envie d’être sur la photo mais en même temps, peur. Les enfants ont ouvert la marche mais ensuite des adultes, femmes et hommes se sont joints à cet échange éphémère.

    didessa

    didessa

    J'aurais dû leur taxer un collier...

    didessa

    didessa

    didessa

    A Nekemte, nous avons visité le palais de Kumsa Morada. Kumsa Morada était le gouverneur de la province du Wallaga à la fin du 19ème siècle. La province du Wallaga est très marquée par l’identité Oromo. Elle se trouve sur la route qui rejoint le centre de l’Éthiopie au Soudan. La petite ville de Nekemt et la province ont donc été des régions très prospères. Aujourd’hui, c’est encore une région très riche sur le plan agricole. Donc Kumsa Morada, un an après le décès de son père, en1890, a hérité du titre et du petit royaume. Il se rendit à la cour de Ménélik II pour être intronisé. Il fut très marqué par les constructions de la ville et des palais. Il envoya pendant un an des artisans dans le Choa afin qu’ils puissent observer les méthodes de construction et à leur retour ils entamèrent la construction du palais, mêlant techniques et style architecturaux traditionnels oromo à celles du Choa. Le palais rassemble donc dix bâtiments au total de tailles, fonctions et plans variés :

    -       maisons circulaires, avec véranda, construits avec du bois indigène, avec un toit de chaume, utilisés comme habitation. La maison des hommes comporte 8 portes, 8 empiècements à son parquet et un pilier central à 8 facettes. La maison des femmes possède en nombre apparemment moindre, le symbole du chiffre 8. A comprendre ce que cela signifie dans la culture Oromo, je ne peux hélas vous en dire davantage…

    -       et des bâtiments rectangulaires, utilisés davantage pour les rassemblements publics.

    Près de la porte principale, on trouve un bâtiment circulaire qui était la cours de justice. Le gouverneur rendait la justice deux fois par semaines, le mercredi pour les affaires civiles et le vendredi pour les affaires pénales.

    Le bâtiment rectangulaire principal ne comportait initialement qu’un rez-de-chaussée et un sous-sol, où était gardé le trésor. L’étage à été ajouté par le fils de Kumsa Morada, Hambis Kumsa, qui a régné sur la province de 1923-1935.

    Les différents bâtiments sont reliés par des galeries.

    Le palais était non seulement un lieu de vie mais aussi le centre politique et commercial majeur de la province des années 1890 à 1974, sous les règnes de Kumsa Morada, Hambis Kumsa et Kikre-Selassie Hambis.

    Au moment de l’invasion italienne, Hambis Kumsa a été fait prisonnier et soupçonné d’avoir collaborer avec le mouvement de résistance Black Lions. Tellement soupçonné qu’il en a été empoisonné ! À la libération de l’Éthiopie, son fils a repris le pouvoir.

    Après la chute d’Hailé Sélassié, le palais a vécu des heures sombres. D’abord laissé totalement à l’abandon, le régime du Derg l’a utilisé comme quartier général pour la Commission régionale su Soulagement et de la Réhabilitation. Bon là je vous fait une traduction google, en anglais normalement c’est Relief and Rehabilitation Commission. D’après mes souvenirs de mémoire (il est joli ce jeu de mots, non ?) je crois que c’est une instance qui a été mise en place suite aux grandes famines des années 70 (non, non, pas celle de « loin du cœur et loin des yeux, de nos villes de nos banlieues », etc), d’où l’idée de soulagement… Un peu avant puis après la chute du Derg, le palais est devenu un camp militaire. En 2002, le palais a été reconnu comme héritage culturel des Oromo et sa restauration a commencé en 2003. Aujourd’hui, cette restauration aurait besoin d’être restaurée ! L’humidité fait son œuvre, monter à l’étage du palais rectangulaire est pour l’instant possible mais je ne suis pas sûre que ça dure… Mais comme à Maqdalla, un spectacle son et lumière, ça donnerait !

    palais de Kumsa Morada

    On est d'accord, l'asphalte n'est pas d'époque...

    palais de Kumsa Morada

    Mercredi matin, route de retour vers Addis-Abeba. Pendant 2 heures au moins, nous avons eu de la route en construction. Autant dire que ça boursoule ! En fin de matinée arrivée à Ambo, où nous avons fait la visite des hôtels. L’Ethiopian Ghion Hotel, la chaine nationale nous a offert une salle à manger dans le style du plus pur « kitch » !

    ethiopia ghion hotel - Ambo

    Un peu avant d’arriver à Addis-Abeba, nous nous sommes arrêté à l’église d’Addis Alem, église que j’affectionne particulièrement car elle ne ressemble à aucune (en tous les cas de celles que je connais) en Éthiopie. Cette église était à l’origine un palais construit par Ménélik. En effet à son époque, les empereurs d’Éthiopie ne s’installaient que pour un temps limité dans une région, une ville. Ménélik avait donc fondé Addis-Abeba. Cependant, le développement d’une ville requérant une grande consommation de bois, les réserves de la région d’Addis arrivaient à terme. Ménélik envisageait donc d’installer sa nouvelle capitale à Addis Alem. « Heureusement » pour Addis-Abeba (car aujourd’hui, cela ferait plutôt son malheur), les eucalyptus plantés 5 auparavant arrivèrent à maturité et leur bois purent être utilisés. De plus, l’impératrice Taïtu avait trouvé les sources chaudes d’Addis et rechignait sérieusement à quitter la ville et le confort qu’elle avait pu y trouver. Ménélik II délaissa donc l’idée de capitale à Addis Alem et Addis-Abeba devint définitivement la capitale de l’empire d’Éthiopie. Les palais qui avaient été construits à Addis Alem se retrouvèrent donc sans utilité. L’un deux devint cette très belle église. Aujourd’hui, l’autre palais est un petit musée.

    Addis Alem

     

    Les peintures murales, le lieu, tout est enchantement et apaisement. Ouais, j’aime vraiment.

    Voilà, nous sommes arrivés à Addis vers 15h : douche et achats de légumes pour une belle salade de crudités ! Je me suis abstenue de viande pendant une semaine, j’étais en overdose !!!!

     


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  • Commentaires

    1
    PAPY JP
    Jeudi 21 Juin 2012 à 20:25

    Beau voyage, je ne pense pas que je vais retenir tous les noms des hommes illustres que tu cites, mais à te lire, je m'y voyais un peu. C'est vraiment un beau circuit.

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