• Famine en Ethiopie, qu’en est-il en dehors de la région Somalie ?

    (texte que j'ai écrit pour un site de voyage, n'a aucune prétention journalistique)

    Les organisations internationales, relayées par les médias occidentaux tirent la sonnette d’alarme : famine dans la corne de l’Afrique. Vivant au quotidien en Éthiopie, pays de la Corne de l’Afrique, nous souhaitons parler de notre réalité à ce propos.

    Depuis deux mois, nous vivons sous la pluie. La grande saison des pluies, que l’on appelle kerämt, est arrivée en temps et en heure et fournit à la grande majorité du pays l’eau qui va lui être nécessaire pendant un an. Même si notre pays ne croule pas sous l'opulence, aujourd'hui, nos paysages sont extrêmement verdoyants, le calendrier agricole est respecté, les animaux se repaissent d’herbe fraîche et la population peut faire face à ses besoins alimentaires.

    Alors que la majeure partie de l’Ethiopie est sous la pluie, la région de l’Ogaden, sous-région de la région somalie, souffre de la sécheresse et des mouvements migratoires des populations somaliennes fuyant leur pays ravagé tant par la sécheresse que la guerre.

    La Somalie, le pays, est l’épicentre de cette famine et du fait d’une situation politique précaire, ce pays est le plus touché. « En Somalie, les rebelles islamistes shebabs ont déclaré (…) que les humanitaires n'étaient toujours pas les bienvenus dans le sud du pays qu'ils contrôlent. Une région où les Nations unies ont déclaré l'état de famine, alors que le pays fait face à la sécheresse la plus grave de ces soixante dernières années » (La faim dans les médias, 25 juillet 2011 - http://fr.wfp.org/actualites/faim-dans-les-medias).

    Pour l’Éthiopie, la situation politique est différente et les interventions humanitaires relativement possibles et effectives. Nous ne vous apprendrons rien sur la situation politique en Éthiopie, informations que vous trouverez partout sans difficulté, cependant, force est de constater qu’alors que des révolutions populaires agitent les pays voisins – Égypte, Yémen, etc – la population éthiopienne ne manifeste pas de mécontentement contre son gouvernement. Cette stabilité politique dans l’ensemble du pays ne s’applique qu’en partie à l’Ogaden. En effet, la province de l'Ogaden est le théâtre régulier d'opérations de guérilla menées depuis 1984 par le Front national de libération de l'Ogaden (ONLF). Cette organisation est en lutte pour l'indépendance de la région. L’Ogaden est le siège d'un conflit armé depuis de nombreuses années entre le gouvernement éthiopien et le FNLO. De ce fait cette province n’est accessible aux organisations humanitaires que de façon contrôlée, en fonction des mouvements militaires et de guérilla. De par cette situation politique et aussi de par sa géographie, l’Ogaden, est une région relativement isolée. Naturellement aride, la plupart de la population vit de l’élevage de bétail.

    De ce fait, c’est une région dans laquelle nous nous rendons très rarement. En tant que tour operator, nous n’organisons pas de circuit dans cette région. 

    Récemment, deux des nos chauffeurs ont accompagné des membres d’ONG. Au-delà de la sécheresse, ils ont noté la grande difficulté d’accueillir les milliers de somaliens alors qu’il n’y a que très peu d’aide alimentaire, les ONG étant insuffisamment nombreuses. A leur retour, nos chauffeurs, avec l’humour qui est le nôtre parfois quand nous sommes confrontés à des situations si éprouvantes, nous disaient qu’il y avait plus de journalistes que d’ONG…

    L’Éthiopie et la région de la Corne souffrent trop régulièrement de famine pour que nous nous permettions de la minimiser. Cependant, suite à la dernière grande famine qu’il y a eu dans cette région dans les années 80, ces images de personnes faméliques, d'enfants aux côtes saillantes, de cadavres d'animaux nous sont toujours associées. Il est important de ne pas faire d’amalgame. L’Ethiopie est un grand pays, sa superficie est égale à deux fois celle de la France et toutes ses régions souhaitent vous faire profiter de ses splendides paysages, de ses populations, de ses sites et de toutes ses richesses.

    En tant que organisateur de circuits, nous souhaitons vous montrer toutes les richesses que l’Éthiopie recèle sans pour autant vous dissimuler ce qu’est l’Éthiopie. Voyager en Éthiopie, c’est accepter d’être bouleversé. Bouleversé par les paysages inattendus que vous allez traverser, bouleversé par les sites témoins d’une glorieuse histoire, bouleversé par les rencontres inopinées que vous allez faire, mais aussi bouleversé par des situations de pauvreté. Ces dernières vous bouleverseront d’autant plus qu’elles n’appartiennent plus (ou presque plus) au monde occidental. Pour autant doit-on arrêter de voyager en Éthiopie ? Pour de nombreux intellectuels, le tourisme est une opportunité exceptionnelle pour les pays du Tiers-Monde afin d’obtenir des ressources financières supplémentaires, des emplois nouveaux, la diversification et la modernisation de leur économie, la valorisation du patrimoine. Le tourisme contribue pour beaucoup à la balance des paiements des états et est une activité faisant appel à de nombreux travailleurs, pouvant ouvrir des perspectives aux petites entreprises fournissant produits et services. Son poids se fait particulièrement sentir au niveau local dans l’agriculture, la pêche, l’artisanat et même le bâtiment. Dans les pays de l’hémisphère Sud, le tourisme crée un grand nombre d’emplois directs et indirects. C’est là aussi un terrain propice pour les initiatives du secteur privé. Il sert d’amorce au développement de l’économie de marché, qui permet l’expansion et la prospérité des petites et moyennes entreprises. Dans les zones rurales pauvres, il constitue souvent la seule solution face au déclin de l’agriculture de subsistance.  

    Lorsque vous venez en Éthiopie, nous désirons vous faire partager nos cultures, notre histoire et tous nos trésors. Pour cela, afin d’apporter les conditions optimales de sécurité de nos voyageurs et de nos équipes, nous travaillons en étroite collaboration avec notre ministère de tutelle et les autorités locales  pour organiser des voyages de qualité et en toute sécurité. La qualité de notre travail est reconnue par l’ambassade de France en Éthiopie. Nous désirons aussi contribuer au développement de notre pays, qui pour nous, à notre échelle, passe par le tourisme. Pour que cela soit une réalité et que celle-ci concerne un maximum de personnes, nous développons nos partenariats avec les associations de villageois qui s’organisent pour l’accueil de touristes, avec les associations locales investies dans le tourisme. À ce jour, notre travail reste modeste mais comme on dit en Éthiopie « kas bäkas enculal bäagueuru yhedal » (Petit à petit, l’œuf marche sur ses pattes, l’équivalent de l’oiseau faisant son nid) !


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :