• Vicissitudes administratives

    Je ne sais pas quand je vais pouvoir mettre ce blog en ligne mais bon, au vu de l’insistance de certains membres de ma famille lors de notre dernière conversation téléphonique, je me suis dit (toute seule en moi-même… il semblerait que mes petites voix schizophréniques soient au repos en ce moment…) qu’il valait tout de suite mieux commencer à écrire ce nouvel article.Début mars, je commençais sérieusement à me demander comment j’allais pouvoir prolonger mon séjour en Éthiopie (enfin on pourrait plutôt dire à Addis Abeba car je n’ai pas vraiment l’occasion de bouger !). Mon visa business si durement acquis en janvier dernier (pour mémoire, le thermomètre était plus souvent en dessous de zéro qu’autre chose et j’étais en plein choc thermique) se termine le 5 avril (d’ailleurs, à ce propos, je profite de citer cette date fatidique pour souhaiter un bon anniversaire aux tontons et à la tatie) et pas l’ombre d’un work permit à l’horizon. J’apprends en allant (encore une fois) à l’Immigration Office que le visa business n’est pas renouvelable… Ça commence à chauffer sérieusement mes abatis ! En même temps, je me dis, je suis en Éthiopie, tout peut arriver ! Une des écoles où je travaille m’a bien proposé un poste de permanent mais quand ils m’ont demandé mes desiderata salariaux, ils ne m’ont plus reparlé de ce poste… En attendant tout cela, c’est la période des examens à Ibex, j’ai donc plein de temps libre et je décide donc de rentabiliser mon abonnement à la bibliothèque de l’Alliance française en éclusant quatre livres à la semaine. Me voilà donc à devoir aller rendre mes livres. Nous sommes un lundi. Au détour des escaliers de l’Alliance, je croise Marguerite, la directrice des cours, qui me reconnaît (alors que je ne l’ai croisé qu’une ou deux fois.Elle est contente la Fab, pas totalement une nobody !). On se met à papoter de choses et d’autres. Apprenant que je suis toujours à la recherche d’une solution magique (car le temps passe, le temps passe) pour mon work permit, elle me dit qu’elle est à la recherche d’un prof et que maintenant que j’ai un peu d’expérience, elle pourrait peut-être m’embaucher. « Passes donc jeudi qu’on en parle avec Charles (le directeur de l’Alliance, un des organisateurs de la choucroute party, à qui j’ai été présenté à cette occasion mais qui, les rares fois où je le revois, ne me reconnaît absolument pas… Que voulez-vous, je ne suis pas ambassadeur, je ne suis qu’une nobody !) ». Je passe donc le jeudi et apparemment tout le monde est ok. Donc moi, je suis ok aussi… pour une fois je ne suis pas particulièrement contrariante ! Et nous voilà donc à faire le premier courrier pour le premier ministère afin d’obtenir le fameux work permit ! J’arrive donc le lundi suivant devant le Ministère du Tourisme et de la Culture à rechercher le ponte qui sera autorisé à me faire ma lettre de soutien. J’en trouve un : le directeur des relations publiques qui me dit : « je suis tout à fait OK pour faire cette lettre d’appui mais pourquoi solliciter le ministère de la culture et du tourisme pour un poste d’enseignant ? Pourquoi n’est-ce pas le ministère de l’éducation ? » Tiens oui, pourquoi ? Ben… Bon ça tombe bien ce matin là je dois aller à l’Alliance observer un cours, je vais poser la question et demander à ce que quelqu’un explique à ce monsieur. (réponse : l’Alliance éthio-française est un institut culturel). Une fois l’explication donnée, ce cher monsieur me remet mon petit courrier de soutien sans aucun problème… Trop facile ! Ça cache quelque chose ! Une fois ce premier courrier obtenu, l’Alliance me donne un second courrier mais cette fois-ci pour le Ministère du travail et des affaires sociales. Me voici donc en route pour ce ministère. Première étape : savoir précisément quels documents sont nécessaires… Lettre du futur employeur : j’ai. Copie du passeport : easy. Copie du business visa : re-easy. 5 photos d’identité : zut, il faut que j’aille me faire tirer le portrait, mais bon easy quand même (heureusement qu’il n’est pas exigé d’avoir un joli sourire sinon je n’aurai jamais mon work permit !). Lettre de soutien du ministère de tutelle : j’ai. Copie des diplômes : euh… ils sont en France mes diplômes… Heureusement j’ai des parents accros à internet et (pour une fois) je sais exactement où sont mes diplômes : Dites Papa, Maman, vous pourriez me scanner mes diplômes et me les mailer ?... Évidemment c’est pour tout de suite maintenant ! Expérience professionnelle… Les certificats de travail, ça irait ? Dites Papa Maman, tant que vous y êtes, vous pourriez aussi me scanner mes certificats de travail ? Je récupère au passage le formulaire que je dois remplir et que l’employeur doit remplir aussi. Je file à l’Alliance (évidemment chaque ministère n’est pas juste à côté de l’Alliance) et remet à Marguerite les documents à remplir. On demande entre autre le poste occupé, on écrit donc « French teacher ». Bon ben je crois que j’ai tout, non ? Allons-y ! J’arrive au Ministère, je parviens à capter l’attention d’une des personnes du service « New work permit » (à leur décharge, il faut voir la pile de documents qu’il y a autour d’elles et évidemment les conditions matérielles sont… un peu comme au service social d’Aubervilliers : des bureaux qui se cassent la figure, des piles de dossiers comme pendant les stats, des plafonds dont on se demande non pas s’ils vont s’effondrer mais quand ils vont s’effondrer, des prises électriques… no comment, et des ordinateurs tout neufs !) et je remets donc mon petit dossier… La dame épluche mon dossier pendant de longues minutes et me fait signe d’approcher… Vos diplômes, il faut les faire traduire. Ok où est-ce que je peux les faire traduire ? Et la lettre de soutien, il faut que ce soit le ministère de l’éducation qui l’écrive car vous allez être employée comme prof de français. Ah ! lui dis-je, ça ne va pas être possible car le ministère de tutelle de l’Alliance éthio-française est le ministère du tourisme et de la culture car c’est un institut culturel. Non, non, non, si vous êtes employée comme prof, il faut une lettre du ministère de l’éducation… J’essaie d’expliquer mais pas moyen de trouver un terrain d’entente. Je me dis alors que le plus simple est d’appeler l’Alliance pour que Monsieur A, l’administrateur, lui explique directement. Mais M. A est en pause déjeuner, il va me rappeler. J’attends donc et en effet il me rappelle. Je lui passe la dame. Ils discutent puis elle me tend mon téléphone. M. A : il faut que tu reviennes à l’Alliance, elle ne veut rien entendre, elle dit que la loi a changé (ça c’est un grand truc de l’Éthiopie, comme question transparence des lois et de leur application, c’est… particulier, la loi est toujours en train de changer… Faut le savoir, c’est tout). Donc retour à l’Alliance, conciliabule avec Marguerite, M. A et Charles (un petit peu en stress puisqu’en plein budget) : non on ne va pas commencer à aller au Ministère de l’Éducation sinon on ne va jamais s’en sortir, non on ne peut pas inscrire dans la catégorie emploi occupé : conseiller culturel ou autre chose car s’il y a un contrôle, c’est la merde… Et si on marquait tout simplement employé ?... Allons-y marquons employé. Avant de partir, je demande : est-ce qu’il serait possible que j’ai une copie des statuts de l’Alliance en amharique, où c’est bien marqué que c’est un institut culturel pour promouvoir les cultures française et éthiopienne et pour ce faire, propose des cours de français et d’amharique ? Juste au cas où, si jamais je devais plus que négocier… Le lendemain, après mes cours du matin, je passe récupérer la traduction de mes diplômes, puis file au ministère du travail. Je parviens à capter à nouveau l’attention de la petite dame, je lui remets mes papiers et j’attends… Elle feuillète, elle épluche… Elle toque au carreau me faisant signe de venir… Vous auriez les originaux de vos diplômes ? Décomposition instantanée de mon visage… Ben ils sont en France… Non, non, la traduction ! Recomposition instantanée de mon visage : bien sûr ! Et je les lui tends. Elle me fait signe de me rassoir. J’attends. Après plusieurs minutes, elle retoque au carreau : vous travaillez ? Moi : non, bien sûr que non (mais si on pouvait se dépêcher, cela m’arrangerait car j’ai un cours qui commence à 15h30 !). Prenez ce papier et allez payer… Ah, si je paye, c’est que c’est bon signe. Je me suis donc fait délester de 600 birrs, mais j’étais très contente ! Une fois allégée de mes 600 birrs, ma petite dame me dit : revenez mardi après-midi… Je dois donc y retourner mardi après-midi, normalement, je récupère mon work permit ! Et après cela, ce n’est pas fini, il faut que j’aille à l’Immigration Office demander mon resident permit ! Mais bon, je connais un petit peu l’Immigration Office et le chef du bureau des étrangers aime bien parler français… Ça met de l’huile dans les rouages ! Mardi après-midi : J'arrive au fameux service New work permit. Bonjour je viens chercher mon work permit. Ah c'est l'Alliance c'est ça ? Ouiiii ! (toute sourire la Fab... comme quoi je peux si je veux). Tenez allez aux bureaux 130 et 135 et elle me fait signe de sortir. Oui mais c'est pas où les bureaux 130 et 135 ? Bon ce n'est pas un tel problème et je trouve rapidement. Au bureau 130, c'Est le bureau du tamponnage : le tampon avec les emblèmes de l'Éthiopie, le tampon avec des cases pour écrire les dates (il n'y as pas de tampon avec la date ? non ? non !) et les signatures, le tampon flèche pour bien montrer à qui est destiné le courrier. Zut le monsieur tamponneur s'est tout emmêlé dans les tampons, il faut refaire les courriers... Oups, j'espère qu'ils ne vont pas changer d'avis au premier service ! Mais non mes courriers reviennent et c'est reparti pour la série de tamponnage et cette fois-ci c'est la bonne ! Direction maintenant bureau 135... Là, j'hallu ! Tout est encore en papier, pas un ordinateur et je suppose que dans les dossiers suspendus se sont tous les work permit délivrés (depuis quand ? Je ne sais pas ! J'espère qu'ils archivent régulièrement sinon ils vont finir ensevelis sous la paperasse !) gardés en copie avec recherche manuelle... Je vais éviter de perdre mon work permit car pour avoir la copie cela risque d'être un peu long ! Enfin bon, la dame signe dans les cases du tampon et me demande de signer et maintenant... Ben maintenant c'est bon, j'ai mon work permit. Ça y est j'ai tout à fait le droit de travailler en Éthiopie ! Maintenant il ne reste plus qu'à trouver un taf qui paye un chtouk more ! Bon malgré tout, mes aventures administratives ne sont pas encore totalement terminées : sus à l’Immigration office ! La suite au prochain épisode…

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 18 Mars 2010 à 11:49
    Happy Work Permit Fabienne !
    C'est vraiment le mouvement des plaques tectonique administratives dis donc !

    Beau boulot ! 
    2
    servann Profil de servann
    Dimanche 21 Mars 2010 à 22:57
    ben, je suis rassurée de te savoir à Addis, et pas dans la brousse. Parce que sinon, c'est don d'ubiquité obligatoire, c'est ça ?? allez, je bois à la santé de ton work permit ..
    3
    mich de foug
    Samedi 27 Mars 2010 à 15:24
    quand on n'est pas concerné, ça fait rire, mais quand tu te fais trimballer de bureau en bureau, ça hérisse le poil. Et qq fois, c'est pareil chez nous, j'ai joué la balle de flipper entre X bureaux pour une misérable facture de vaccin fièvre jaune, j'en frémis encore
    as-tu lu Kafka ?
    4
    bernard lefevre
    Mardi 30 Mars 2010 à 20:37
    comme tu le dis si bien:"c'est l'ethiopie", mais , bigre, il faut avoir un sacré moral et une solide constitution! bon courage Fabienne!
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